SOJA ET MONOCULTURES : LES DERIVES
Début mars 2006, lors de la même matinée :
- la revue Votre Santé me demande d’examiner un article sur les controverses au sujet du soja
- un représentant de la société Soy vient apporter dans ma boutique bio des laits de soja aromatisés pour les enfants ainsi que la propagande « didactique » (sous forme de plaquette) sur les bienfaits du soja pour les distribuer à nos chers petits
- je reçois dans ma boîte aux lettres la dernière-née des éditions Santé Port Royale : la revue « Quelle Santé » numéro 3 avec comme titre en première page : « le soja : pas si bon que ça ! ». Cela faisait un peu beaucoup de soja pour une seule matinée… Ceci me pousse donc à faire ici un point que j’espère le plus complet possible sur cette légumineuse et aussi à élargir le débat au sujet d’autres monocultures. Dans un premier temps, je vais décrire succinctement le contenu des 3 évènements mentionnés ci-dessus pour ensuite aborder les problématiques liées au soja, tant sur le plan de la santé que sur les plans économique et écologique.
1. Détails sur les 3 « évènements »
2. Le soja et la santé
3. Le soja, l’économie et l’environnement
1. Détails sur les 3 « évènements » :
Votre Santé m’a contacté car j’avais parlé du soja de manière succincte dans un article précédant, plus général (« à quel saint se vouer ») paru aussi dans la revue de l’Institut Paracelse. Je m’interrogeais à cette époque sur les bienfaits ou non du tofu car des revues relativement sérieuses donnaient des informations contradictoires sur le sujet. Suite à cet article, un docteur belge (Marc Deru) m’a répondu dans le courrier des lecteurs du journal. Je l’ai contacté pour avoir plus d’information. Il m’a alors conseillé 2 sites internet :
www.bio-info.be : revue dans laquelle il a écrit 2 articles sous la rubrique « courrier des lecteurs »,
www.westonaprice.org : qui est un site américain d’une fondation indépendante et sans but lucratif qui s’investit dans la défense de petits agriculteurs (qui cotisent à l’association). Sous la rubrique « soy alert » se trouvent de nombreux témoignages, pétitions et études faites depuis les années 1970 sur les méfaits du soja non fermenté aux Etats-Unis. On y trouve 2 articles édifiants traduits en français sur le site : « mythes et réalité autour du soja » et « les bonnes raisons d’éviter de consommer les dérivés de soja ». Ces 2 articles sont très techniques, je vais les reprendre en partie dans le deuxième paragraphe.
Mes conclusions à ce jour :
- Consommer des produits à base de soja fermenté (comme le font depuis plusieurs millénaires les Asiatiques) ne comporte aucun risque car la fermentation élimine les molécules toxiques et ne détruit pas les molécules bénéfiques. Ces produits sont les sauces au soja, le miso, le tempeh, le natto que les Asiatiques consomment d’ailleurs dans le cadre d’une alimentation diversifiée.
- Il faut absolument proscrire l’utilisation des laits de soja de tous ordres (aromatisés ou non), le tofu et tous ses produits dérivés (saucisses au soja, steak de soja,…) ainsi que les isolats protéiques de soja, les desserts et crèmes au soja pour les enfants. Jusqu’à quel âge ? Cela reste difficile à dire. Jusqu’à la fin de la croissance me semble être une décision prudente tant que tous les doutes n’auront pas été balayés. Pour les adultes, une consommation épisodique de ces produits ne devrait pas comporter de risques majeurs. L’essentiel restant bien sûr le bon sens qui nous amène à varier notre alimentation, à consommer au maximum des produits bio et sans OGM.
J’ai transmis les informations ci-dessus à Votre Santé et vous pourrez trouver un dossier assez bien fait dans leur numéro 79 d’avril 2006. Je précise que la revue avait déjà tiré les mêmes conclusions que moi avant que je ne transmette des informations complémentaires.
Le deuxième « évènement » de cette matinée de mars 2006 est beaucoup plus alarmant.
Je possède une boutique de produits biologiques. D’habitude, je ne reçois jamais de représentants. Celui de la société Soy avait tellement insisté et le soja m’intéressait déjà pour sa problématique, que je lui ai dit : « d’accord, passez en coup de vent déposer vos objets ». Ce fut chose faite. Il a amené un sac, et puis au revoir. Dans le sac, il y avait deux tetra-brik de lait de soja pour enfants, l’un aromatisé au thé vert et épices, l’autre au café décaféiné (boire du café décaféiné est encore plus néfaste à la santé que boire du café car le procédé d’extraction de la caféine utilise des solvants chimiques dont il reste forcément quelques traces). La pochette surprise comprenait aussi un lot de 40 gobelets en plastique pour dégustation, et, plus grave, environ 100 plaquettes à destination des enfants. Ces plaquettes, sous forme de bandes dessinées, de jeux et de questions expliquent les bienfaits et les procédés de transformation du soja non fermenté avec quelques recettes en prime. Soy a aussi le toupet, dans cette plaquette, de proposer aux enfants un abonnement à leur revue « Coccinelle » à base de jeux, de coloriages, de petits reportages et de pub pour leurs produits pour la modique somme annuelle de 17 euros.
Là, je m’insurge : c’est une honte, c’est criminel et irresponsable ! Et dire qu’ils distribuent cela dans toutes les boutiques bio ! La très grande majorité font cette activité soit uniquement pour le commerce, soit sont en défaut d’informations véridiques (la majorité des informations sont fournies par les fournisseurs qui sont juge et partie). Pratiquement aucune boutique ne fait de la veille technologique ou ne lit les revues de santé un peu sérieuses.
C’est assez dramatique car il est très difficile de redresser la barre par rapport à ce matraquage marketing.
La troisième étape « soja » de cette matinée est assez alarmante également.
Depuis janvier 2006, les éditions Santé Port Royal qui éditent des revues comme « Pratiques de Santé », « Plantes et Santé », « Santé Yoga » et « Santé Pratique Animaux » ont sorti la revue « Quelle Santé ». La revue est truffée de publicité et commence à faire penser à Biocontact… sauf que dans « Biocontact », il n’y a pas grand chose à redire sur les articles de fond. Dans « Quelle Santé », il y a à redire*. Voici quelques points importants mentionnés par « Quelle Santé » dans leur article « le soja : pas si bon que ça ! ».
D’abord, l’article est fait par l’association Sojaxa dont le but est de promouvoir le soja sans OGM (j’ai demandé à Sojaxa qui cotisait dans son association : ce sont les principaux producteurs de lait de soja…). Sans OGM, c’est très bien, évidemment… Mais les cultures en plein champ de plantes OGM se multiplient toujours malgré l’action des faucheurs volontaires et la dissémination se fait, qu’on le veuille ou non. Il faut aussi savoir que l’union européenne essaye de faire passer une loi pour juin 2006 qui autoriserait un quota de 0.9% de pesticides et d’OGM dans les produits bio. Merci à l’industrie pharmaco-chimique. Les pétitions fleurissent et nous en saurons certainement plus à la fin de l’été. Sojaxa, sur son site internet, est fière de dire qu’une moyenne de 100.000 tonnes de soja sans OGM est produite dans notre cher sud-ouest français. Voudrait-on en faire une région aussi dévastée que la Beauce ou la Brie où les sols sont complètement lessivés par les monocultures, où le paysage est désolant de tristesse, les arbres si rares ?
Bien sûr Sojaxa précise qu’il est mieux de consommer des produits à base de soja fermenté, mais indique aussi que pour la fabrication du tofu, les graines de soja sont mises à tremper et sont cuites longuement (pas de fermentation). Donc, les vitamines sont détruites ainsi que l’acide aminé essentiel contenu dans le soja (comme dans toutes les légumineuses) et qui manque aux céréales : la lysine. Le seul procédé de chauffe qui ne détruise pas la lysine est le procédé UHT (haute température pendant un temps très court) utilisé dans l’industrie laitière…Mais le traitement UHT détruit tellement d’autres choses bénéfiques à la santé qu’il vaut mieux ne pas l’utiliser. Aucun emballage de lait de soja ne mentionne le procédé de chauffage utilisé. Les sites internet des fabricants indiquent qu’il s’agit d’un chauffage classique en deux temps (donc destruction des vitamines et de la lysine). Pour le tofu, on en remet encore une couche après : il est ensuite coagulé à 84°C.
Sojaxa indique également que le soja contient tous les acides aminée essentiels ! Là, je demande à voir les analyses ! C’est nouveau, ça vient de sortir ! A ma connaissance, les légumineuses sont généralement carencées en tryptophane et méthionine (2 acides aminés essentiels), les céréales étant carencées en lysine. C’est pour cela que l’on conseille toujours des associations céréales-légumineuses que les peuples utilisent de manière naturelle depuis des lustres. Par exemple, les haricots rouges avec le riz en Amérique latine, le couscous (pois chiches et semoule de blé) dans les pays du Magreb. Il est possible qu’une légumineuse soit un peu plus riche qu’une autre en tryptophane. C’est peu être le cas du soja. A voir. N’empêche que dans les analyses divulguées par Sojaxa, les acides aminés cystéine et méthionine ne sont pas distingués. Les taux de chacun ne sont donc pas connus individuellement…et c’est la méthionine qui est un acide aminé essentiel…Le doute s’installe.
A ma connaissance, la seule plante contenant tous les acides aminés essentiels est la quinoa qui est une plante à feuille dont on utilise les akènes (fruit sec contenant la graine, comme la noisette par exemple) et qui était la base de l’alimentation des incas. Je reparlerai de cette plante au paragraphe 3. Sojaxa affirme que les laits de soja permettent une bonne croissance des enfants au Canada et aux Etats-Unis : c’est faux. Il suffit d’aller sur le site westonaprice.org mentionné plus haut pour s’en convaincre. Enfin, Sojaxa vante les bienfaits de la génistéine et de la daïdzéine (2 phyto-oestrogènes contenus dans le soja) alors que des études montrent que ces 2 molécules peuvent provoquer des perturbations hormonales (voir le site américain déjà mentionné). Après ces 3 « évènements », j’ai fait un certain nombre de recherches sur internet.
La plupart des sites dénoncent surtout le côté OGM du soja.
Plusieurs sites réputés assez sérieux en parlent au niveau nutritionnel.
-Biogassendi : ils disent que les phyto-oestrogènes n’ont pas de conséquences sur la santé. Mais, devinez ce qu’ils vendent sur leur site internet ? Du lait de soja en poudre pour bébé et des comprimés de phyto-oestrogènes de soja… Décevant.
- PasseportSanté.net : sur ce site canadien (anciennement réseau Protéus), il n’y a qu’un article sur le lait de soja et le tofu. Il vante les vertus des phyto-ostrogènes. L’article date de l’année 2000… Et pourtant, en 1997, le magazine médical anglais « The Lancet » a fait état d’une étude montrant que le fait de boire ne serait-ce que deux verres de lait de soja par jour suffisait à perturber le cycle menstruel féminin.
- mercola.com : ce site comporte de très nombreux articles bien documentés sur les méfaits du soja non fermenté, mais, uniquement en anglais.
- www.aci-multimedia.net/feminin/nutrition/soja : le site fait une très bonne synthèse simple à lire sur le soja non fermenté… et en français !
L’article paru dans la revue Horizons Virtuels n°27 de janvier 2005 me semble rester une bonne référence.
La revue Alternative Santé recommande également la prudence quant aux phyto-oestrogènes du soja suite à une étude italienne (février 2006).
2. Le soja et la santé :
Entrons maintenant dans certains détails un peu plus techniques. Dans un premier temps, laissons de côté les produits à base de soja fermenté si le soja est bio et sans OGM (tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont bénéfiques pour la santé dans le cadre d’une alimentation variée) pour nous intéresser uniquement aux produits à base de soja non fermenté bio et sans OGM. Les propos qui suivent sont une compilation des sites mentionnés plus haut … pour essayer de faire court.
Les toxines goitrogènes : présentes dans le soja non fermenté, elles provoqueraient des dérèglements thyrodïens, notamment l’hypothyroïdie.
L’hémaglutine : cette substance favoriserait l’agglutination des globules rouges, donc la formation de caillots … avec les conséquences que l’on peut imaginer : rupture d’anévrisme, etc..
L’acide phytique : il résiste même à la cuisson longue et bloque en partie l’absorption intestinale d’éléments essentiels comme le calcium, le fer, le zinc, le cuivre, le magnésium et le calcium. Ces éléments sont essentiels à notre homéostasie et participent à des milliers de réactions de notre métabolisme.
Les inhibiteurs de trypsine : la trypsine est une enzyme élaborée au niveau du pancréas et injectée au niveau du duodénum pour la digestion des protéines afin de les transformer en acides aminés qui sont aussi l’une des bases de notre homéostasie. Il existerait également dans le soja des inhibiteurs d’autres enzymes pancréatiques. Ces inhibiteurs seraient même impliqués dans certains cancers. Les procédés de fabrication des isolats protéiques de soja ne permettent d’éliminer qu’une part infime des inhibiteurs de trypsine. Des isolats protéiques de soja, on en trouve à tous les sauces : dans les ersatz de viande, de produits laitiers, d’hamburgers végétaux, de milkshake, de pâtisseries, boissons… Des programmes sont organisés pour favoriser cela dans les cantines scolaires par exemple.
Nous avons déjà mentionné le fait que le soja ne contenait à priori peu de méthionine et de tryptophane et que la lysine était détruite à la cuisson. Ces acides aminés sont des acides aminés essentiels car non « fabricable » par l’organisme humain…Un peu comme la « vitamine » C que l’organisme humain ne peut pas non plus synthétiser. Sans compter que si l’on utilise des récipients d’aluminium lors du procédé de fabrication des isolats protéiques de soja qui comporte un bain acide, l’aluminium se retrouve dans les produits finis. Les dégâts causés par l’aluminium commencent à être connus (Alzheimer, etc.).
Les nitrites et la lysinoalamine : les procédés de fabrication des isolats protéiques de soja génèreraient ces cancérigènes que sont les nitrites et une toxine appelée lysinoalamine. C’est d’ailleurs pour cela que la FDA n’a pas accordé le statut GRAS (Generally Recognised As Save = reconnu comme non nocif pour la santé) aux isolats protéiques de soja.
Soja et ostéoporose : les aliments à base de soja bloqueraient l’assimilation du calcium et provoquent des carences en vitamine D.
Le soja et la vitamine B12 : cette vitamine est chère aux végétariens puisqu’elle est essentiellement présente dans les produits animaux. Apparemment, « l’analogue » à la vitamine B12 contenue dans le soja ne serait pas assimilable par l’organisme. Pire, la consommation de soja augmenterait les besoins en vitamine B12.
Les oestrogènes-like : nous avons déjà parlé de la génistéine, de la daïdzénine. On peut y ajouter les isoflavones de soja qui dérègleraient le système endocrinien et pourraient favoriser l’apparition de cellules cancéreuses. La consommation précoce de soja entraîne de ce fait des développements plus précoces chez la jeune fille et plus tardifs chez le jeune garçon. Sans parler de l’effet des oestrogènes relâchés dans les rivières par le biais des urines des femmes qui prennent la pilule. On se demande pourquoi le taux de spermatozoïdes « valides » chez les hommes est en baisse continuelle. Ben voyons ! Les moines bouddhistes consommaient du tofu pour faire baisser leur libido (l’hormone majeure du caractère mâle étant la testostérone, et celles du caractère féminin les oestrogènes et la progestérone).
Soja et vieillissement : des études auraient montré que les personnes consommant abondamment du soja non fermentés montraient une diminution des fonctions cognitives et une incidence plus grande de folie et de maladie d’Alzheimer à un âge avancé.
Donc, soja non fermenté = prudence.
3. Le soja, l’économie et l’environnement :
Des voix s’élèvent contre l’ampleur considérable que prend la monoculture du soja au niveau mondial et son impact tant écologique qu’économique. En effet, la monoculture du soja a augmenté d’environ 435% en 30 ans. Ces manifestations se dirigent essentiellement contre le soja OGM. Même s’il existe un fossé énorme entre une plante OGM et une plante non OGM, il me semble qu’il ne faut pas trop dissocier le soja avec ou sans OGM sur ce plan là. Même si la monoculture du soja non OGM ne représente « que » 100.000 tonnes dans le sud-ouest de la France, eh bien, cela reste une monoculture qui va à l’encontre de la biodiversité, clé de l’équilibre environnemental. Surtout lorsque l’on connaît les bénéfices relativement limités que peut apporter cette légumineuse, voire ses aspects dangereux lorsqu’elle n’est pas fermentée. D’autant plus que la tendance actuelle consiste surtout à développer à outrance des gammes de produits issus du soja non fermenté et pas du tout les sauces soja, le tempeh, le miso ou le natto.
La monoculture du soja est présente dans des pays de plus en plus nombreux. Elle affecte plus particulièrement l’Amérique, en commençant par les Etat-Unis qui ne s’en sortent pas trop mal au niveau économique … apparemment.
Ce qui se passe en Amérique latine est plus grave : au Brésil, 47% des surfaces cultivées en grains sont consacrées au soja alors que des millions de personnes souffrent de la faim dans ce pays et qu’il importe pour nourrir sa population. L’équivalent d’un quart du territoire français a été déforesté en Amazonie en l’espace de 7 ans au profit du soja. L’emploi massif de produits chimiques affecte la santé des paysans locaux. Nous retrouvons des schémas similaires en Argentine, au Paraguay, en Bolivie.
D’après Sojaxa (pour une fois ils dénoncent correctement et forcément puisque le soja OGM ne les concerne pas), le soja transgénique est en train de se frayer un passage privilégié vers l’Europe via la Pologne (dénoncé par Greenpeace).
Dans de très nombreux cas, les méga exploitations détruisent un nombre considérable d’emplois avec, comme conséquence, l’exode rural, la faim et parfois le maintien de ceux qui restent en situation d’esclavage.
Comble de l’affaire, le gouvernement chinois (pays dont est issu la légumineuse) a autorisé le Brésil à exporter vers la Chine du soja transgénique pendant 5 ans.
Voici quelques sites et revues intéressantes sur le sujet :
- www.sojacontrelavie.org : le site est très bien documenté. Il a également lancé une campagne « soja contre la vie » avec un document à adresser au ministre de l’économie Thierry Breton ainsi qu’aux 2 principaux protagonistes de la filière soja en France : Robert-Louis Dreyfus et Michel Safronoff. Ce document vise à ce que ces acteurs freinent l’expansion mondiale du soja. Une action à faire absolument.
- www.futura-sciences.com propose un point sur la destruction de la forêt amazonienne due au soja avec cartographie à l’appui.
- www.politis.fr a publié un article intéressant : « les indiens sacrifiés du soja », toujours au Brésil.
- « Votre Santé » n°79 d’avril s’intéresse à la problématique du soja en Argentine dans un article du réseau tourangeau anti-OGM emprunté au site du forum AMESSI, avec en toile de fond la multinationale Monsanto.
En conclusion, et pour changer un peu du soja, je souhaite dire quelques mots sur deux autres monocultures qui m’ont interpellé récemment, même si elles n’ont pas apparemment la même ampleur que celle du soja :
- La quinoa
- La perche du Nil
La quinoa: Cette plante qui pousse sur les hauts plateaux andins était l’alimentation de base des Incas. Elle contient tous les acides aminés essentiels. Elle était autrefois exploitée en rotation avec l’amarante (plante très riche en lysine et sacrée pour les Aztèques) et le maïs. Aucune de ces 3 plantes ne contient de gluten. La quinoa, de part ses vertus, a connu assez récemment un boom et s’exporte en Amérique du nord, en Asie, en Europe et au Japon. L’amarante est pour l’instant restée plus discrète. Face à la demande d’exportation, même le Pérou (n’étant plus auto-suffisant) a passé un accord avec la Bolivie pour intensifier la production de quinoa sur l’altiplano bolivien. Les conséquences sont là : mécanisation à outrance, appauvrissement des sols, usages de pesticides (même si certains paysans astucieux ont élaboré des pesticides naturels), exode rural, mais aussi déséquilibre environnemental par rapport au lama qui ne trouve plus assez de pâturages pour se nourrir. L’ONG « agronomes et vétérinaires sans frontières » travaille à ce rééquilibrage. Sur leur site internet www.avsf.org, vous pourrez visionner 2 vidéos intéressantes sur la Bolivie et la quinoa (oubliez les vidéos sur leurs campagnes de vaccinations !).
La perche du Nil : L’excellent film documentaire « Le cauchemar de Darwin » de Hubert Sauper, nominé cette année aux oscars, trace de manière poignante l’histoire de la perche du Nil. Ce poisson carnassier a été introduit dans les eaux du lac Victoria au cours d’une expérience « scientifique ».Depuis une dizaine d’années, son exportation vers les pays occidentaux est développée en masse : 200 000 tonnes par an pour la seule ville de Mwanza. Au bout de quelques années, la flore et la faune classiques ont disparu d’une bonne partie du lac. Certains s’en alertent mais les enjeux économiques sont importants pour d’autres. Le tanzanien moyen vivant sur les bords du lac Victoria reste cependant toujours enfoncé dans la misère la plus sombre et l’économie de cette région ne dépend plus que de ce poisson. Par exemple :
-les tanzaniens utilisent les carcasses des poissons (arêtes et têtes, car ce sont uniquement les nobles filets qui sont acheminés vers les pays occidentaux) qu’ils font sécher dans des charniers grouillants de vers. Les têtes des poissons sont ensuite frites et vendues dans toute la région. Les femmes travaillant là sont atteintes de cécité qui est due à l’émanation de vapeurs d’ammoniaque.
-des enfants de moins de 10 ans, le plus souvent orphelins, se battent entre-eux pour une poignée de riz devenue hors de prix du fait des sécheresses successives dans le pays. Ils font fondre les emballages polystyrène venant du poisson pour sniffer afin de pouvoir dormir. Après, nous nous étonnerons que les populations soient décimées par un soit-disant sida lui aussi bien lucratif…Le poisson devient un poison…(pour en savoir plus sur le sida : voir le site www.evolutionquebec.com , rubrique santé, article : l’histoire secrète du VIH). Ce film, avec aussi en toile de fond le trafic d’armes vers l’Afrique pour alimenter les guerres internes, la prostitution, la drogue, la maladie, etc est à voir et à revoir. L’explorateur David Livingston se retournerait certainement dans sa tombe en voyant cela. Que faire ? Continuer à essayer d’alerter un maximum de personnes de bonne volonté, mais les lobbies sont puissants.Même si nos anciens n’avaient pas, apparemment, nos connaissances technologiques, l’expérience des années et le bon sens leur avaient quand même appris certaines règles de base : écouter et respecter la nature par exemple. Nous nous souviendrons certainement longtemps de l’aventure de la monoculture du soja et de son utilisation en tant que produit non fermenté, aussi bien chez les animaux que chez les hommes. La biodiversité, aussi bien chez les animaux (dont l’humain) que chez les végétaux doit rester la garante de l’équilibre planétaire.
Christian Bauer, Ingénieur, naturopathe, thérapeute. cbauer1@free.fr
Notes fin d’article : * 1.Depuis un certain temps, je remarque que les éditions Santé Port Royal (que j’aimais bien) dérivent. Ils publiaient bien des articles avec des erreurs, mais revenaient dessus quelques numéros plus tard. Maintenant lorsqu’on fait une remarque justifiée, on se fait envoyer sur les roses sous prétexte que l’on est négatif. Mais, lorsque l’on amène des éléments contradictoires à leurs affirmations, c’est le silence radio. Juste un exemple : dans « Pratique de Santé » numéro 40 de novembre 2005, la revue est fière de rassurer ses lecteurs en disant que le jus de noni n’est pas prêt de disparaître car le lobby mormons a le monopole de la production du noni tahitien. Ce qu’ils ne disent pas, c’est que l’argent ne va pas aux tahitiens et que cette monoculture créera à moyen terme un déséquilibre écologique sur les îles où elle est cultivée. Ce qu’ils ne disent pas non plus c’est que les mormons détiennent le très puissant groupe agroalimentaire Mars, avec ses marques phares comme Mars, Bounty (dont la noix de coco est pasteurisée…au micro-onde : c’est moins cher), Snickers, M&M’s, la moitié des marques d’aliments industriels (et déséquilibrés) pour animaux domestiques au niveau mondial, les machines à café Klix, etc.. Vous savez comment on fait les produits industriels - très chers - pour animaux ? On prend de vieilles carcasses de poulets industriels, des abats de tous ordres, et on les broie dans des malaxeurs à haute température dont il se dégage des odeurs fétides et nauséabondes à faire vomir. Ensuite, de la « sauce chimique » et des gélifiants sont ajoutés : la sauce pour attiser la convoitise et les papilles de nos frères animaux, les gélifiants pour que l’apparence de morceaux soit présente. La mixture est bien sûr stérilisée de manière à éliminer le peu d’éléments vitaux qu’elle pourrait encore contenir. Le marketing couronne le tout en attirant l’attention avec de belles couleurs mauves sur la packaging (testé sur les animaux !) et en se plaçant aux endroits stratégiques des linéaires des supermarchés. Cela donne « Sheba » ou « Pedigree Pal » : produits de luxe pour chats et chiens à haute valeur ajoutée surtout pour la poche des mormons de chez Mars car le produit ne coûte pratiquement rien lors de sa fabrication. Le groupe Mars possède plusieurs usines de pet food en France sous l’appellation Unisabi. Bon appétit. Je n’ai rien contre les mormons, mais quand même… Remarquez, ils restent humbles et le personnel du groupe Mars est l’un des mieux payé au monde… Encore faut-il qu’il résiste à la pression inhumaine infligée au quotidien par les règles « éthiques » du groupe.
2.Dans un article, la revue « Quelle Santé »est heureuse de présenter la nouvelle bio : à Paris, boulevard Haussmann, une boutique du groupe industriel La Vie Claire a maintenant son espace fast-food. La boutique oublie peut-être que certaines des étapes primordiales de l’alimentation sont : - Une bonne mastication, - Prendre les repas dans le calme, la sérénité et la reconnaissance. Le gérant (qui n’est qu’un gérant) est fier d’annoncer que le groupe fournit les émirs arabes, qu’ils ont leurs propres marques (ils sont donc juge et partie), qu’ils proposent des animations (faites bien sûr par leurs fournisseurs… comme Soy ou autres). Ce n’est certainement pas dans ce type de magasin que l’on va vous interdire d’acheter du lait de soja quand il s’agit d’en donner aux enfants ou que l’on va vous expliquer qu’il faut consommer les dérivés non fermentés de soja avec parcimonie. Vous allez plutôt y retrouver les fameuses plaquettes de chez Soy dont j’ai parlé plus haut et les gobelets plastique pour déguster les produits.
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